Témoignages

RÉCIT DE PARTICIPANT : « La fabrique de l’écrit »

 

« Écrire ? Pourquoi pas ? ».

Avait-il répliqué en guise d’assentiment. Une amie venait de lui proposer de la rejoindre dans son atelier d’écriture. « Tu n’as pas l’air très emballé », constata-t-elle. Son apparente absence d’enthousiasme n’était qu’un masque. Écrire, voilà qui le renvoyait à son désir profond, mais aussi à sa peur secrète, de reprendre goût, une fois encore, à la vie. De se retrouver face à lui-même, face à son destin, le plus terrible des défis.

Lui, si peu manuel, avait spontanément bien aimé cette idée d’atelier. Elle évoquait l’odeur des copeaux, le raclage du rabot, la morsure du ciseau, la matière brute avec laquelle l’artisan aime à se colleter pour créer. Dans son imaginaire, écrire était une activité qu’il associait à l’esprit de la fabrique. Être admis dans une petite communauté au sein de laquelle il mettrait à l’épreuve son goût et sa pratique de l’écrit le plaçait au cœur d’un de ces paradoxes dont seuls les aléas de la vie peuvent vous ménager la surprise : il trouvait particulièrement excitante cette reconversion tardive de l’intellectuel qu’il avait été en une sorte d’ouvrier. Un menuisier, un ébéniste des mots, voilà ce qu’il serait ! Il allait choisir sens et sons avec une minutie extrême, leur apporter le soin que requièrent des essences rares et précieuses, les assembler avec amour, les cheviller dans un constant souci d’harmonie. A lui, enfin, le plaisir de façonner dialogues et récits de ses mains ; images et idées allaient couler de sa plume comme l’eau du robinet. Il se sentit tout de suite bien dans cette fabrique de l’écrit, un peu comme s’il était de retour chez lui, dans la maison de son enfance enfouie (…)

.Michel MIRANDON, participant d’atelier d’écriture (texte révisé).